Le devoir de mémoire désignel’obligation morale et collective de se souvenir de certains événementstragiques du passé et de leurs victimes, afin que de tels événements ne sereproduisent pas. C’est aussi un engagement à transmettre cette mémoire aux générationssuivantes. La notion est devenue courante dans le débat public français, maisson sens et son usage continuent de faire l’objet de discussions.

D’où vient l’expression ?

L’expression a été forgée autourdes années 1970, puis s’est installée dans le débat public au cours des années1990. Elle s’est d’abord construite autour de la mémoire de la Shoah et de lareconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la persécution etla déportation des Juifs sous le gouvernement de Vichy. Cette reconnaissance a prisune forme officielle en 1995, avec le discours du président de la Républiquesur la rafle du Vélodrome d’Hiver.

À partir du milieu des années1990, la formule s’est élargie à d’autres épisodes de l’histoire : la traite etl’esclavage, la colonisation, le génocide arménien, ou encore le souvenir dessoldats de la Première Guerre mondiale. D’un cas particulier, le devoir demémoire est ainsi devenu une notion générale, appliquée à de nombreuses causes.

Devoir de mémoire ou travail de mémoire ?

L’expression « devoir de mémoire» porte une injonction : il faudrait se souvenir. Beaucoup d’historiens luipréfèrent l’expression « travail de mémoire ». La différence compte. Le travailde mémoire ne se limite pas à commémorer. Il consiste à comprendre comment unemémoire se construit, pourquoi certains faits sont commémorés et d’autres non,et comment le passé peut être mobilisé dans les débats du présent.

Cette distinction sépare deuxgestes : rendre hommage d’un côté, analyser de l’autre. Les deux ne s’opposentpas, mais ils ne se confondent pas.

Quelles formes prend-il aujourd’hui ?

Le devoir de mémoire semanifeste d’abord par les commémorations. En France, plusieurs dates rythmentl’année : le 8 mai pour la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le 11novembre pour l’armistice de 1918, ou le 27 janvier pour les victimes de laShoah. À ces journées s’ajoutent les monuments aux morts présents dans chaquecommune, les stèles, et les lieux de mémoire ouverts au public.

La transmission aux jeunes générationsen fait aussi partie, notamment à travers l’école et les associations. Lenombre de journées commémoratives a augmenté au fil des décennies, ce quinourrit d’ailleurs une partie des débats sur le sujet.

Qui le fait vivre ?

Le devoir de mémoire repose surplusieurs acteurs. L’État fixe le calendrier commémoratif et reconnaîtofficiellement certains faits. Les communes entretiennent les monuments etorganisent les cérémonies. Les associations mémorielles, enfin, assurent untravail de terrain souvent moins visible.

Le Souvenir Français en est unexemple. Fondée en 1887 et reconnue d’utilité publique, l’association veillesur les tombes des soldats morts pour la France, restaure les monuments, etparticipe aux commémorations. Plus de 130 000 sépultures sont ainsi entretenueschaque année par des bénévoles, en France et au-delà des frontières.

Un sujet qui fait débat

Le devoir de mémoire n’est pasune notion neutre. Plusieurs critiques l’accompagnent. Certains parlent de «concurrence des mémoires » lorsque différents groupes revendiquent lareconnaissance de leur propre histoire. D’autres pointent le risqued’instrumentalisation, quand le passé est mobilisé à des fins politiques.D’autres encore rappellent qu’une mémoire n’est pas une histoire : la premièrerelève du souvenir et de l’émotion, la seconde de l’analyse et de la mise àdistance.

Ces débats ne disqualifient pasla notion. Ils invitent à l’employer avec précision.

Pour aller plus loin

Deux titres des collections ducitoyen de NANE Éditions permettent d’approfondir ces questions, dès le collège:

      Le Souvenir Français, sur l’histoire et lesmissions de l’association mémorielle.

       La Flamme de la Nation, sur la flamme sous l’Arc de Triomphe et la mémoirenationale.